Avec The Sea is History, Betty Tchomanga poursuit un travail sur la circulation des mémoires, récits et histoires afro-diasporiques. À travers les corps, les voix de dix danseur.euses la chorégraphe s’intéresse aux membres fantômes de la diaspora africaine. Comment l’absence de certains récits, de certaines images, de certaines voix habite les corps jusqu’à les mettre en mouvement ?
Comme le souligne l’écrivaine africaine-américaine Toni Morrison, aucun récit, aucune chanson ne nous est parvenu depuis l’espace des navires négriers. Il existe des livres de comptes, des plans organisant les esclaves dans la cale, les compte-rendus des armateurs, quelques récits de mutineries, mais rien qui ne puisse rendre compte de l’expérience de cet espace fondateur d’une identité afro-diasporique/afro-caribéenne par celleux qui y ont survécu.
Dans The Sea is History, la danse surgit de la répétition d’un rythme ternaire qui se met en mouvement dans un pas de danse communément appelé triplette. C’est un pas simple, une marche, un geste de traversée.
La répétition de ce motif très physique, l’insistance de ce martèlement, font surgir des images qui nous précèdent et qui nous dépassent, des images insaisissables, fugitives.
Porté par le groupe, sa répétition à l’infini produit un élan commun, bientôt peuplé par des divinités, des figures de résistances et des présences non-humaines qui circulent entre les différentes terres auxquelles les membres de la pièce sont reliés, toute une cosmogonie afro-diasporique.
The Sea is History convoque ainsi des imaginaires océaniques, à la fois tragiques, sublimes et lumineux.










