Les cabossés
Dans sa dernière pièce, le chef de file du théâtre expérimental new-yorkais observe les vies minuscules des losers magnifiques.
C’est un de ses rades sordides où se croisent le soir ceux qui n’ont pas d’ailleurs où aller. Un de ses bars de l’Amérique profonde où se rencontrent les solitudes, à la lumière des néons et devant un verre de bière. Devant un mur marronnasse, cette nuit-là, une serveuse un peu prostituée, un boxeur très en bout de course, un manager vaguement maquereau. Ces trois-là ont visiblement du passif et des comptes à régler. Trois paumés dans un coin paumé, des personnages touchants et cabossés, que rejoignent sur le plateau trois musiciens ringards et tout aussi brinquebalants. Leur quotidien vide et leurs notes répétitives racontent à la fois une Amérique à bout de souffle et la rude condition humaine. Très librement inspiré par L’Enfer de Dante, The Evening est un spectacle cruel et émouvant, où infuse aussi une grande part d’intime : Richard Maxwell a perdu son père pendant les répétitions, et ce deuil ainsi que le retour à la vie traverse la pièce. Avec des acteurs magnifiques, il signe une pièce poignante et hyperréaliste, sur la fragilité de la vie. (S.D.)
Photo © New York City Players
Pour en savoir plus
- Le site des New York City Players, la compagnie de Richard Maxwell
- Critique du spectacle dans Théâtre(s)…
- … et dans Le Monde
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