Heureux comme l’agneau
Avec les étranges Canadiens de Godspeed You! Black Emperor, on a la garantie de vivre un moment scénique rare, et peut-être même ultime.
Y aurait-il quelque chose d’agaçant chez Godspeed You! Black Emperor ? Cette manière de se situer au-dessus de la mêlée avec ce sentiment d’avoir raison sur tout : l’intégrité artistique, la présence scénique, la virtuosité, les relations distantes avec les médias, etc. Après, il reste cette aventure unique dans l’histoire du rock qui échappe à tout format, à toute analyse, avec une énergie comme en rencontre peu et la force du mystère qui entoure le groupe. Le come-back des Canadiens en 2010 a permis de révéler le manque pendant un peu moins de dix ans de ce qui nous semblait un point de repère incontournable – un seul être vous manque, n’est-ce pas ? –, au même titre que les projets alternatifs des membres du groupe : A Silver Mt Zion ou Fly Pan Am. L’album sorti en 2012, Allelujah! Don’t bend! Ascend! avait ré-impulsé notre relation intime au groupe ; Asunder, Sweet, and Other Distress qu’ils publient ces jours-ci, une nouvelle fois sur leur label mythique Constellation, la renforce. Puis, il y a ce niveau d’abstraction, cette capacité à faire vivre le sentiment – l’affect, serait-on tenté de dire – sur la durée, comme cette note saturée qui se prolonge de manière inquiétante à la fin du titre Lamb’s Breath. Une note qui vrille la tête, mais à laquelle on retourne de manière obsédante, encore et encore. Sur scène, l’expérience s’annonce ultime, on se réjouit de la vivre très prochainement ! (E.A.)
Photo © Eva Vernandel
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