En juin, la compagnie messine Pardès rimonim se produira au Festival OFF d’Avignon avec sa pièce À vau l’eau, adaptation des récits d’exil écrits par Wejdan Nassif, autrice syrienne réfugiée à Metz.
Dans son premier texte écrit en France, Wejdan Nassif esquisse son portrait et ceux de ses voisins de quartier, réfugiés palestinien, soudanais, ivoirien… Elle raconte la vie en exil de celles et ceux qui ont dû, un jour, partir de chez eux – leurs difficultés, leurs joies. Sur scène, leurs témoignages enregistrés se mêlent aux musiques de Lionel Marchetti et disent leurs histoires de vies à reconstruire, de langue à apprivoiser, de sécurité retrouvée. Amandine Truffy incarne Wejdan et trace au sol la carte vivante de ces trajectoires, dans une scénographie captivante de Goury, qui se déploie en direct au fil des récits.
Note d’intention : faire entendre la voix de Wejdan
En 2016, à l’occasion du 3e anniversaire de la signature de la Charte d’Amitié entre Metz et Alep, notre compagnie a organisé avec le festival international Passages Transfestival une émission de radio pour alerter sur la situation en Syrie. Cette radio a marqué notre rencontre avec Wejdan, autrice syrienne, désormais réfugiée à Metz avec sa famille.
Par dossier de presse
Nous y avons été bouleversés, violentés par notre impuissance – si régulièrement et cruellement rappelée ces derniers temps… C’est à ce moment-là que nous nous sommes rapprochés des acteurs associatifs locaux, qui tentent dans ces pays en conflit d’aider les populations civiles tout en organisant ici l’accueil des refugiés. Toujours avec Passages
Transfestival, nous avons alors créé un espace de rencontre par le théâtre : l’atelier EL WARSHA où se retrouvaient réfugiés nouvellement arrivés et habitants de la ville. Ce sont le courage des hommes et des femmes pris en étau dans ces conflits insondables et la nécessité de faire entendre leurs voix qui ont impulsé ce projet de diptyque de deux œuvres
sur l’exil – À vau l’eau et Après les ruines.
Wejdan Nassif, institutrice à Damas, commence à écrire en mars 2012, au moment où la révolution syrienne a pris une tournure sanglante. Ses LETTRES DE SYRIE, correspondances durant ces affrontements, sont publiées en France aux éditions Buchet Castel, sous le pseudonyme de Joumana Maarouf. Elles témoignent du quotidien d’un pays en guerre et des répercussions sur les civils et l’état d’esprit de sa population. Son premier ouvrage écrit en France, À vau l’eau, a été édité par Passages Transfestival et la MJC de Borny à Metz, dans une très belle édition bilingue arabe / français. Wejdan Nassif y fait le récit de plusieurs situations d’exil, le sien et ceux de ses voisins. Elle en montre les points communs, les réalités diverses et ce qui en fait le quotidien. Elle se concentre sur la façon dont les uns et les autres se sont reconstruits et traversent leurs difficultés. Son récit oscille entre sa propre expérience, celle qu’elle vit avec son mari et ses deux filles, sa voix et celles des personnes qu’elle a rencontrées et interviewées. Ce texte donne corps à la réalité de la présence ici de tous ceux qui ont dû un jour partir de chez eux, à la diversité de leurs raisons, de leurs parcours. Aux difficultés tout autant qu’aux joies de vivre ici.
Pour accompagner la sortie de son livre, Passages Transfestival a proposé à la compagnie Pardès rimonim de mener une série de lectures d’À vau l’eau. La rencontre de ce texte avec le public, lors de cette parution, les questions soulevées, le récit de l’intérieur qu’il fait des reconstructions que de tels déracinements impliquent, nous ont bouleversés. C’est là que Bertrand Sinapi et Amandine Truffy, avec le compositeur Lionel Marchetti et le scénographe Goury, ont décidé de se mettre au service de son écriture, de sa voix et d’adapter son texte au théâtre.
Avec la volonté de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, l’équipe a puisé dans les mots de Wejdan la matière d’une écriture poétique ancrée dans le réel. Sur scène, les témoignages enregistrés se mêlent aux musiques de Lionel Marchetti et disent leurs histoires de vies à reconstruire, de langue à apprivoiser, de sécurité retrouvée. Amandine Truffy (ou Christine Koetzel en alternance) incarne Wejdan et trace au sol la carte vivante de toutes ces trajectoires, dans une scénographie captivante de Goury, qui se déploie en direct au fil des récits.
Les captations de Lionel Marchetti
La compagnie est impliquée sur le quartier classé ZUS de La Patrotte-Metz Nord, en lien avec la création d’un nouveau lieu culturel : l’AGORA. Une résidence en milieu scolaire et des actions dans le quartier ont permis d’enregistrer, de capter les sons, les voix, les ambiances de cours de récréation ou de marché, de jeux d’enfants, les rires que le texte fait vivre. Les chants, les mélodies sont tour à tour présents tels qu’ils leur ont été livrés ou alors réinventés et servant de modèle aux motifs mélodiques de la composition musicale. Ces ambiances du réel, sublimées par le compositeur électroacoustique Lionel Marchetti, viennent dire la réalité des situations présentées, leur aspect documentaire. Sur scène, un dialogue s’instaure entre Wejdan, l’autrice, incarnée par une comédienne, et les voisins dont elle fait le portrait et dont nous entendons les voix enregistrées dans le spectacle. Nous avons pu capter leurs témoignages, leurs récits, dans la langue lettrée de Wejdan et dans leurs propres mots. Dans le spectacle, ces paroles, dans un français réenchanté par leurs accents, sont comme les restes fantomatiques de tous ceux que Wejdan a rencontrés.
La scénographie de Goury
Pour aller à la rencontre de ses voisins, Wejdan s’est tournée vers les personnes qui étaient présentes dans les cours de français du centre social du quartier de Borny, qu’elle fréquentait elle-même. Ils parlent pachtou, hindi et différents dialectes arabes. Entre quelques mots de français et d’anglais, sans langues communes pour se comprendre, ils sont souvent passés par le dessin afin de se raconter leurs trajets jusqu’ici.
C’est à partir de cette anecdote poétique que le scénographe Goury a donné une nouvelle réalité esthétique à ces parcours. Dans un espace épuré, leurs voix peuvent résonner, tandis qu’au centre d’une page vierge de kraft brun, Wejdan Nassif leur donne vie et dessine en direct ces cartes et ces trajectoires à même le sol. Ces voix, telles des échos, se matérialisent dans des figurines curieuses qu’elle déplace au fil des récits. Depuis la Syrie, le Koweit, la Côte d’Ivoire ou le Maroc jusqu’au quartier de Borny, où tous se rejoignent, la multiplicité de ces parcours finit par composer une œuvre picturale, une nouvelle réalité sensible, tout en faisant redécouvrir la cartographie des flux migratoires que nous avons appris dans nos livres d’histoire.
En incarnant ces récits dans un spectacle léger techniquement, nous pouvons circuler largement et investir aussi bien les théâtres que des espaces hors de leurs murs – en lycées ou collèges, dans les foyers et les bibliothèques, dans tous les endroits où nous voulons poser notre geste. Cette démarche de notre compagnie s’inscrit dans la volonté de démocratiser nos travaux et de favoriser l’accès de nos œuvres à tous.
Au Festival OFF d’Avignon du 4 au 23 juillet 2026
ciepardes.com
festivaloffavignon.com

