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Au grès du jazz 2026 – Bilan de la 23ème édition

© Photo : gnik.fr

Une édition record, sous un ciel exceptionnel
La 23ème édition d’Au grès du jazz restera dans les mémoires. Une éclipse solaire le 12 août, une pluie d’étoiles filantes pour accompagner les dernières nuits et pour clore le tout, une averse providentielle juste avant le concert de Sona Jobarteh : fraîcheur bienvenue ! Le ciel s’en est mêlé, jusqu’au bout. Et sur la Place du Château, au Jardin des Païens, à l’Aire Scénique, dans les forêts et les villages des Vosges du Nord, le public a répondu massivement présent.

Un taux de remplissage exceptionnel
Avec près de 90% de taux de remplissage (balades, ateliers et propositions jeune public comprises) cette édition marque un nouveau cap pour le festival. Mais ce chiffre dit plus que la simple fréquentation : il traduit une adhésion profonde et croissante du public, plus nette que les années précédentes. Une grande part des festivalier·ères revient régulièrement et fait de plus en plus confiance à la programmation, y compris pour des artistes qu’ils et elles ne connaissaient pas à l’avance. Les écarts de remplissage entre les différentes propositions sont également moins marqués que les années précédentes : preuve d’une curiosité et d’une confiance accrues dans la ligne artistique du festival.

Cette réussite intervient dans un contexte particulier : le festival a fait le pari d’une programmation de grande qualité, portée par des artistes qui construisent des carrières solides et durables en dehors des grands circuits médiatiques. À l’heure où la course à la tête d’affiche structure de plus en plus le secteur, c’est un choix assumé … et le public l’a plébiscité.

Des moments artistiques inoubliables
Chaque édition a ses moments, et celle-ci en compte énormément. Le concert de Yuri Buenaventura a transformé la Place du Château en piste de danse dès le premier soir. Dhafer Youssef et Walid Ben Selim ont touché l’âme du public : deux concerts quasi-méditatifs, d’une intensité exceptionnelle. David Hermlin Trio a régné sur la Citadelle de Bitche avec une virtuosité déconcertante – et le public a joué le jeu de l’ambiance Années Folles avec enthousiasme ! Roberto Fonseca et Vincent Segal ont suspendu le temps dans un dialogue presque religieux entre piano et violoncelle. Eve Risser, Robinson Khoury et Marion Rampal ont prouvé, en une seule soirée, que le jazz français n’avait pas fini de nous ravir. Et pour finir, le public a chanté en chœur pendant Electro Deluxe, avant que Sona Jobarteh, première femme d’une grande dynastie de griots à maîtriser la kora, ne referme le festival en liberté.

L’Aire Scénique, devenue un rituel du festival, n’a pas cessé de surprendre avec des artistes émergent·es dont on risque d’entendre parler prochainement : Lea Maria Fries, Ëda Diaz, Mathias Lévy, Jaguare Affair, Malaka. La scène de demain se construit ici aussi.

Une programmation qui déborde
Au grès du jazz, ce n’est pas seulement la Place du Château. Cette édition a confirmé la richesse de l’offre parallèle : concerts en accès libre sur l’Aire Scénique et au Jardin des Païens, concerts hors les murs dans les villages et sites remarquables des environs : temple zen de Weiterswiller, château de Lichtenberg, église de la Nativité à Saverne, Citadelle de Bitche, église protestante de Graufthal … Et pour la première fois, la Maison de l’Eau et de la Rivière à Frohmul a rejoint la famille des lieux du festival.

Des concerts ont été donnés en maisons de retraite, rappelant que l’accessibilité à la culture ne s’arrête pas aux entrées des festivals. Des ateliers pour petit·es et grand·es ont ponctué chaque journée : photographie grand format avec le PNR Vosges du Nord, improvisation musicale, atelier découpage, balades guidées, contées, naturalistes. Le festival a également proposé deux BD concerts jeune public avec Oiapok autour de l’œuvre de Tomi Ungerer, et la Radio Grès du jazz (projet mené avec la Mission Locale de Saverne et l’ONG Making Waves) a diffusé quatre émissions en direct depuis la cour de l’École pour la deuxième année consécutive. Enfin, au bord de la rivière à Graufthal, le spectacle Cure Castor du Collectif Hydro Labo a proposé une déambulation à la fois pédagogique, cocasse et résolument politique sur la question de l’eau.

Un engagement environnemental reconnu
Cette année, Au grès du jazz obtient le label Éco-Manifestations Alsace niveau 3, entrant dans la catégorie des événements exemplaires avec un score de 76,5 points. Une reconnaissance concrète d’engagements qui se traduisent au quotidien : zéro plastique à usage unique, 70% de produits frais locaux, éclairage 100% LED, mobilité douce encouragée, déchets valorisés par l’ESAT d’Ingwiller.

Cette édition a également été marquée par de fortes chaleurs en fin de semaine. Les Vosges du Nord ont souffert cet été : preuve en est la sécheresse de la forêt, remarquée pendant les balades – le territoire porte les marques d’un été difficile. L’équipe a su adapter les conditions d’accueil (brumisateurs, points d’eau accessibles, navettes renforcées, attention particulière portée aux personnes en situation de handicap) tout en rappelant, en amont de chaque concert, l’importance de respecter la forêt environnante. Même le grès était chaud cette année.

Ces constats invitent à une réflexion collective plus large : quel avenir pour les festivals en plein air face au dérèglement climatique ? C’est la question de notre rapport au territoire qui se pose, de notre impact, et de notre responsabilité collective envers les espaces naturels qui nous accueillent. Au grès du jazz, ancré dans un Parc naturel régional, entend participer à ce débat.

Une aventure collective et des axes de développement
Au grès du jazz ne serait rien sans les quelque 200 bénévoles qui s’engagent chaque année pour faire vivre l’événement. Habitant·es du territoire, fidèles de longue date ou nouvelles recrues, leur implication est le ciment du festival. C’est un territoire qui se mobilise, qui accueille, qui fait corps avec la musique. Cet engagement est irremplaçable et constitue l’une des forces les plus profondes d’Au grès du jazz.

Le renouvellement du public est également notable cette édition, avec une présence plus marquée des jeunes festivalier·ères. Le développement du jeune public et des familles constitue l’un des axes prioritaires du festival – tout comme la mobilité, avec les navettes depuis Strasbourg qui permettent d’élargir le bassin de public sans alourdir l’empreinte carbone. Ces axes traduisent une conviction : la culture doit pouvoir se partager au-delà des cercles déjà convaincus.

Une taille humaine, une ambition intacte
Au grès du jazz est un festival qui ne se repose pas sur ses acquis. Chaque édition se renouvelle, cherche, expérimente. On sent cette année qu’il est dans un tournant : porté par un rayonnement croissant, des chiffres en hausse et un public fidèle et enthousiaste. Il revendique le choix de rester à taille humaine : c’est précisément ce pour quoi beaucoup de festivalier·ères et de partenaires le chérissent.

Cette réussite est savourée avec d’autant plus d’intensité qu’elle intervient dans un contexte difficile pour la culture : de nombreux événements traversent des turbulences financières, des baisses de fréquentation ou des remises en question profondes. Au grès du jazz garde donc les yeux ouverts : la précarité du secteur n’épargne personne, et chaque édition se construit avec la même humilité et la même exigence que la première.

Un festival ne peut exister que s’il s’enracine dans son territoire et s’ouvre à toutes les générations. Au grès du jazz en est la preuve, édition après édition.

www.festival-augresdujazz.com

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