Une brève histoire de l’électro
Magazine | Dans le Rhin Supérieur

Une brève histoire de l’électro

Les musiques électroniques prennent aujourd’hui une place majeure dans la création musicale contemporaine, et donc dans le festival Musica. Retour sur leur histoire parallèle en France et en Allemagne, avec Jean-Dominique Marco, directeur de Musica.

 

 

Karlheinz Stockhausen                                                                                  Pierre Schaeffer

 

La musique électronique est née simultanément en France et en Allemagne : a-t-elle suivi deux chemins différents ?
Au départ, il y a eu des approches différentes, qui se sont très vite rejointes.
Jusqu’aux années d’après-guerre, on ne connaissait que trois manières de faire des sons : le souffle, dont fait partie le chant, la percussion, qui est sans doute façon la plus primitive de produire du son et qui comprend aussi bien le tambour que le piano, et le frottement avec les instruments à cordes. L’invention qui a révolutionné le 20e siècle, l’électricité, va aussi révolutionner le son, car on invente des machines qui permettent de le modifier et de l’archiver.
Très vite après l’électricité arrive la radio, et tout à coup, on découvre qu’on peut restituer la musique. Et comme on crée des pièces radiophoniques, on travaille sur des bruitages.
À partir de 1947-1948, quelqu’un invente le postulat que si tout bruit n’est pas de la musique, il peut le devenir s’il est organisé. C’est la naissance de la musique concrète, avec Pierre Schaeffer au GRM (Groupe de recherches musicales), rejoint par Pierre Henry. Ce mouvement prend une ampleur inattendue car l’électricité permet d’inventer des instruments de plus en  sophistiqués, avec l’électronique puis l’informatique.
Au sein de la WDR [Westdeutscher Rundfunk, radio publique allemande, ndlr], on introduit plutôt à la musique des sons qui viennent de défauts d’appareils : larsen, saturation…
Dès les années 60, on commence à imaginer l’ordinateur, et cela intéresse les musiciens, car il permet de produire des sons et les modifier.
Dans les années 90-2000, l’industrie s’empare de ces outils découverts dans les studios, réservés aux chercheurs, et démocratise la technologie musicale. Tout le monde peut acheter des logiciels et des machines qui permettent de transformer le son.

Quelle place les musiques électroniques occupent-elles aujourd’hui dans le champ de la musique contemporaine ?
L’électronique est aujourd’hui omniprésente, même chez les instrumentistes acoustiques, mais on pourrait faire une distinction entre les musiques qui se dansent et celles qui ne se dansent pas : la techno et les musiques électroniques. Il y a toute une nouvelle génération de musiciens, quadra et moins, qui viennent de musiques actuelles d’agrément pour aller vers les musiques électroniques. À Musica cette année, on a imaginé une thématique qui montre les sources, avec des œuvres historiques, mais aussi la jeune génération comme eRikm, qui vient plutôt des musiques actuelles.
Aujourd’hui, les compositeurs ont un choix large, comme un catalogue de sons dans lesquels ils puisent. On ne parle plus d’esthétique dominante comme encore dans les années 80. Et la notion de compositeur s’est beaucoup élargie. Les frontières deviennent poreuses, un énorme brassage qui s’opère. Il y a encore 10 ans, on parlait encore de rock, de jazz, de musiques contemporaines. La musique électronique a popularisé des grammaires musicales uniquement utilisées par les compositeurs.

Kraftwerk                                                                                                        Daft Punk


Y a-t-il toujours une différence entre la France et l’Allemagne ? Kraftwerk aurait-il peu être français par exemple ?
Non ! Chaque pays a une mentalité, une vision de l’art différente. Un metteur en scène allemand sera toujours plus direct, plus rentre-dedans. Dans la musique savante, la façon dont on apprend la musique est différente : l’école française du violon est différente de l’école allemande. Et celui qui enseigne influence.
De manière générale, la musique classique allemande est plus sombre, plus forte, la musique classique française plus dilettante, plus légère. Et la musique n’a pas la même importance. En Allemagne, elle est aussi importante que la littérature, la philosophie. En France, elle est considérée comme un agrément. La musique française s’oriente vers le spectacle, la musique allemande est restée pure. Le goût allemand n’est pas le même. Cela se retrouve dans les musiques actuelles : aujourd’hui, la France est bien placée dans le fait d’utiliser l’électronique mais pour danser !

Propos recueillis par Sylvia Dubost

Publié le : 06.10.2016 Mots clés : Musica - Musique contemporaine - Pierre Henry - Stockhausen
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